À propos de Marina Reichel
Interview
Parle moi de ton approche de la céramique.
Pour moi, la céramique est un dialogue lent avec la Terre. Chaque pièce commence dans le silence, se façonne dans l’écoute et la patience. Travailler la terre m’enseigne chaque jour l’humilité : il faut du temps pour qu’une forme naisse, pour qu’un émail révèle sa vérité. Toutes mes pièces sont tournées à la main, en petites séries. J’utilise exclusivement du grès français, une matière noble, locale et durable. Je fabrique aussi mes propres émaux, afin de maîtriser ce que je manipule au quotidien, prendre soin de ma santé, choisir mes matières premières en conscience selon leur provenance, leur mode d’extraction et garantir à celles et ceux qui utilisent mes pièces qu’elles sont saines, non toxiques, faites pour durer.
Chaque objet est unique.
Formes arrondies, textures douces, émaux poétiques : ici, on choisit des pièces pour leur beauté… et pour ce qu’elles font ressentir. J’aime l’idée qu’un bol, une tasse, puissent inviter à ralentir, à habiter l’instant, à retrouver de la beauté dans les gestes du quotidien.

Tu parles souvent de «céramique raisonnée». Qu’est-ce que cela signifie pour toi ?
Chez Sowilo, chaque création est pensée avec respect : pour la matière, pour le geste, pour la planète. Je travaille lentement, en petites séries, sans chercher la productivité à tout prix.
Je recycle mes chutes, j’observe mes gestes, je choisis mes matières avec soin. C’est une fabrication en conscience. Mes émaux sont exempts de métaux lourds, et toutes mes pièces sont conçues pour durer. Il y a dans la lenteur une forme de résistance douce : refuser la vitesse, préférer la justesse, célébrer le geste. Créer moins, mais mieux. Et laisser, dans chaque objet, une part d’attention, de présence, de vie.
Et le feu, le four… quelles places ont-ils dans ce processus ?
Le feu, c’est l’épreuve ultime. Le passage. Il révèle ce que l’on ne peut pas entièrement maîtriser : les couleurs, les textures, les réactions imprévues. Parfois, une pièce se fend.
Parfois, elle devient plus belle que je ne l’avais imaginé. Le feu nous apprend à lâcher prise.
J’aime voir dans ce processus une forme d’alchimie. En céramique, les cinq éléments sont à l’oeuvre : la terre, l’eau, l’air, le feu… et ce que j’appelle la quintessence. Ce petit supplément d’âme qu’on ne maîtrise pas, mais qu’on sent. La spiritualisation de la matière par la main du créateur. C’est là, pour moi, que la magie opère…

Qu’aimerais tu que les gens ressentent en tenant l’une de tes pièces ?
J’aimerais qu’ils sentent qu’elle a été faite avec le coeur et le corps, avec attention. Qu’elle a traversé le temps, les gestes, le silence, le feu. Et qu’elle invite à ralentir, à savourer l’instant.
Une simple tasse de café peut devenir un rituel. Un geste quotidien peut devenir beau, précieux.
Je crois profondément à cela : à la beauté dans le quotidien. Une beauté discrète, mais essentielle.
Peux-tu détailler ta démarche éthique et consciente ?
Tous les émaux que tu vois ici sont fabriqués à la main, dans mon atelier. Je les compose moi-même, à partir de matières premières non toxiques, choisies avec soin pour leur impact réduit sur la santé et l’environnement.
Les couleurs ? Elles naissent d’une alchimie de recherches, de tests, d’essais, parfois de ratés… toujours dans l’idée de proposer des pièces uniques, belles et responsables.
Tous mes émaux sont formulés pour un usage alimentaire, et seront prochainement testés en laboratoire pour garantir leur innocuité, selon les normes européennes en vigueur.
J’utilise exclusivement des argiles françaises, pour valoriser les ressources locales et limiter mon empreinte écologique.





